Mon enfance

Dès la maternelle, j’ai compris que je n’étais pas comme les autres. A la récréation, les autres m’évitaient. Je faisais semblant de courir après quelqu’un au mieux, au pire j’essayais de rentrer dans les couloirs pour me cacher et attendre la reprise des cours.
Je traînais des pieds, marchant à l’intérieur. Les stigmates d’une naissance prématurée étaient bien présents. Je ne les voyais pas sur moi. Je les ressentais via le comportement des autres enfants.

Ils ne se moquaient pas de moi, ils m’évitaient simplement. J’étais transparente. Comme à la maison d’ailleurs, grâce aux livres j’étais transparente. On me laissait à la maison seule pour aller faire des courses, et je refusais d’aller aux soirées parentales « à cause de mes devoirs » ou parce que j’étais « dans un livre ».

En cm2 j’étais celle qui avait le plus de poitrine, j’intéressais les jeunes garçons uniquement pour ce point là. Mais seuls leurs regards parlaient. Je n’y pensais même pas. Les garçons regardaient sous les jupes…

Je me souviens d’un fait bien précis dans l’école privée que je fréquentais dès la 6ème. Pendant la récréation je restais bien en place, des jeunes garçons « s’amusaient » avec une « copine ». Les bruits ont attiré la soeur surveillante. Tout le monde a été puni, même moi. Et j’ai fais la punition.

A écrire ses quelques lignes mon caractère passé m’ennuie. J’ai laissé faire pendant de longues années. J’étais transparente, seule et me protégeais.

J’ai connu des émois amoureux dès cette période mais c’est à peine si j’osais m’inviter à parler à ce jeune homme. Je me souviens encore de sa poitrine, de sa chaîne. Il était beau, et le savait probablement.

C’est aussi à cette période que j’ai compris qu’une femme pouvait être amoureuse d’une autre femme. Je m’étais fait une amie qui ne me quittait pas du soir au matin. Elle me collait. Nous avions fait ensemble un devoir sur la peine de mort. Bien noté car très bien argumenté.

Mes parents m’ont inculqué le respect et la politesse. Cette école catholique m’a assurément donné l’envie de fuir face à l’hypocrisie humaine. J’ai cherché longtemps une religion qui puisse m’apporter un bien-être, longtemps.