1969

Il s’agit de l’extrait de votre tout premier article.

Je suis née à 6 mois, prématurée, toute petite. Tenant à peine dans une boîte à chaussures lorsque je suis sortie de la clinique 3 mois plus tard. Je ne me souviens pas de ses moments, en revanche mon corps et mon esprit en ont gardé longuement la trace.

A peine 6 mois, « un accident ». Le médecin de famille avait tenté de me faire passer en introduisant une aiguille à tricoter. Sans succès. J’ai survécu et je suis née.

De mon enfance, je garde l’image de la couleur orange qui tapissait les murs de la cuisine. L’image d’une famille « où tout va bien ». Les problèmes ne se disent pas à l’extérieur, ils ne se disent pas non plus à l’intérieur, ils se crient.

Non, je n’ai pas eu d’enfance malheureuse. Seulement les non-dits et les mensonges sont la base de mon éducation. Faire semblant.

Chétive, je me mis à marcher après 24 mois, en revanche, je papotais tout le temps et même avec des inconnus aux arrêts de bus. Je faisais la lecture du journal de la veille.  J’étais une petite fille blonde, tellement blonde que mes cheveux en devenaient blanc. J’étais « adorable ».
Je me souviens d’un jour où ma mère a appelé le médecin et qu’en face d’elle j’ai avoué que je n’étais pas malade. Que je l’avais fais exprès. Je me souviens aussi d’un jour où ma mère s’est mise à courir de la cuisine à la salle à manger avec un couteau à la main. Ma soeur est partie de la maison.

Mon autre soeur tricotait des vêtements pour mes poupées.

Pendant de très longues années, j’ai mis la faute uniquement sur ma mère qui avait des crises de folies dès que l’on n’appliquait pas ce qu’elle demandait. Ma première soeur est partie, la seconde s’est mariée jeune. « L’accident » est restée avec ses parents bien sage.

Entourée de livres, tellement qu’un professeur de français avait même demandé, des années plus tard, à ce que je m’arrête de lire. Je n’avais pas compris le message à l’époque. Bien trop jeune. Bien trop sage.

Entre deux romans je baignais dans mes études (bien difficilement), dans les méandres des établissements médicaux et, à la maison, dans les silences et les cris parentaux. Il fallait que mon père boit pour avoir un peu de courage et élever la voix.

Musicalement, Brassens s’invitait à la maison. Je partageais ses instants avec mon papa le dimanche, juste avant le marché.

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